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Think Privacy

Adam Harvey
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Elektron Project Space

Think Privacy est une série d’affiches exposées à échelle nationale et un miroir, réalisés par l’artiste et chercheur Adam Harvey. Occupant l’espace public comme une campagne d’in­for­ma­tion citoyenne, Think Privacy soulève l’une des questions éthiques et politiques les plus pressantes de notre temps : que signifie vivre dans un monde où nos déplace­ments, nos visages et nos habitudes font l’objet d’un enreg­istrement et d’un traitement continus ?

Créé à l’origine en 2016, le projet Think Privacy n’a cessé de gagner en résonance. Il invite le public d’au­jour­d’hui à examiner les traces de données que génèrent les gestes les plus anodins du quotidien : prendre des selfies, déver­rouiller son téléphone et effectuer des paiements par recon­nais­sance faciale, passer un contrôle automatisé aux frontières, se servir d’une sonnette connectée. Pourtant, les impli­ca­tions de cette évolution restent largement invisibles pour la majorité. Qui détient ces données, comment sont-elles utilisées, et au bénéfice de qui ?

Le miroir, installé dans la rue commerçante principale d’Esch-sur-Alzette, invite les passants à se regarder — et peut-être à se prendre en selfie — tandis que le texte en grandes lettres oranges qui le recouvre les confronte à une réalité dérangeante : partager un selfie, c’est toujours faire une transaction de données. Les nouvelles affiches, présentées à travers le pays, sont spé­ci­fique­ment créées pour les cinq communautés lin­guis­tiques principales du Luxembourg. Elles interrogent les enjeux plus larges de la collecte, de l’u­til­i­sa­tion des données et de la sur­veil­lance, avec des messages ancrés dans le contexte multilingue et culturel luxembourgeois.

L’ex­po­si­tion est accompagnée d’un essai inédit d’Adam Harvey. Il y prolonge sa réflexion initiale vers une dimension encore moins visible de la sur­veil­lance : la collecte passive de données, par la simple présence d’un smartphone dans un envi­ron­nement connecté sans fil, comme le wifi. Les appareils y émettent en permanence des signaux pouvant révéler l’his­torique de nos déplace­ments et de nos habitudes à tout système en mesure de les capter, d’écouter et de nous observer.

À l’heure où l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle reconfigure les conditions dans lesquelles les données per­son­nelles sont collectées et exploitées, un débat public éclairé sur la question n’est plus simplement souhaitable, il est nécessaire. Think Privacy n’offre pas de réponses toutes faites. Il pose des questions trop rarement soulevées et choisit, pour les poser, l’endroit même où elles nous concernent tous : la rue.

Artiste
Adam Harvey

Elektron Project Space
74 rue de l’Alzette, L‑4010, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Com­mis­saires d’exposition
Vincent Crapon, Françoise Poos

Biographie

Adam Harvey (US/DE) est un artiste et chercheur basé à Berlin, dont les travaux portent sur la vision par ordinateur, la privacité et la sur­veil­lance. Il est directeur tech­nologique chez Tech 4 Tracing, une ONG qui applique la technologie à la détection humanitaire d’armes. Il est aussi le fondateur de VFRAME, un projet de vision par ordinateur destiné aux chercheurs en droits humains, pour lequel il a reçu le Prix de Distinction d’Ars Electronica en 2019. Ses recherches pionnières sur le camouflage anti-vision par ordinateur (CV Dazzle, 2010), la mode anti-sur­veil­lance (Stealth Wear, 2012) et les bases de données de recon­nais­sance faciale ont fait la une de journaux tels que le New York Times ou l’Air Force Times, et ont été présentées dans de nombreux festivals ainsi que dans des insti­tu­tions de renommée internationale.